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La LSF

29/03/13

La langue des signes française (LSF) est la langue des signes utilisée par les sourds francophones et leurs proches ainsi que certainsmalentendants pour communiquer. La LSF est une langue à part entière et un des piliers de l’identité de la culture sourde.

La LSF est signée par 100 000 à 200 000 personnes sourdes.

Un peu d'histoire.

Pendant longtemps, les sourds, isolés, n’ont pu enrichir leurs langues signées et ont dû se contenter d’une gestuelle simpliste ; de ce fait, ne disposant pas d’une langue élaborée, ils passaient parfois pour simples d'esprit. C’est dans les familles de sourds qu’ont pu s’élaborer les premiers fondements de la LSF, et c’est en se regroupant que les sourds ont pu enrichir leur langue. L’abbé Charles Michel de l’Épée fut, en 1760, le premier entendant connu à s’intéresser aux modes de communication des « sourds-muets » en observant un couple de jumelles sourdes communiquer entre elles par gestes ; il découvre l’existence d’une langue des signes. Il décide alors de regrouper les enfants sourds pour les instruire. Il apprend lui-même la langue des signes grâce à ses élèves et démontre les progrès obtenus jusque devant la Cour de France. C’est ainsi qu’il peut ouvrir une véritable école pour sourds qui deviendra l’Institut national des jeunes sourds, aujourd’hui Institut Saint-Jacques, à Paris 2.

À la mort de l’abbé de l’Épée en [1789], l’abbé Sicard lui succède et tente d’imposer un langage gestuel conventionné et agrémenté d’une grammaire de « signes méthodiques » qui sera abandonné par la suite.

Cependant, les oralistes considèrent que les sourds doivent apprendre à parler pour s’intégrer dans la société. Le congrès de Milan en 1880 — où l’immense majorité des participants est entendante — décrète l’abandon de la langue des signes dans l’enseignement. Trois raisons sont invoquées : la LSF n’est pas une vraie langue, elle ne permet pas de parler de Dieu, et les signes empêchent les sourds de bien respirer, ce qui favorise la tuberculose3. Cette interdiction dure près de cent ans, pendant lesquels les professeurs sont entendants et utilisent exclusivement la méthode oraliste. Cependant, malgré l’interdiction de signer en classe, la LSF ne disparaît pas, les sourds se la transmettant de génération en génération, la plupart du temps pendant la récréation.

Dans cette époque, il faut surtout mentionner Ferdinand Berthier (1803-1886): "Militant culturel de la LSF", comme il aimait lui-même à se caractériser. Cet infatigable militant fut longtemps méconnu.

En 1991, la loi Fabius favorise le choix d’une éducation bilingue pour les sourds : LSF et le français écrit et oral. La Loino 2005-102 du 11 février 2005 reconnaît la LSF comme « langue à part entière »5. Aujourd’hui, des instituts — certains privés — ou des associations ont de nouveau intégré la LSF dans leur enseignement. Les professeurs sourds ne sont pas reconnus de façon officielle par l’Éducation nationale : les professeurs entendants signent, aidés par des éducateurs sourds.

Alphabet dactylologique

L’alphabet dactylologique est la façon de signer l’alphabet latin. Il est utilisé pour épeler les noms propres ou les mots n’existant pas encore en LSF. La dactylologie de la LSF se fait d’une seule main, alors que l’anglaise se pratique avec lesdeux mains.

L'alphabet dactylologique pour la main gauche6.

Grammaire

La grammaire de la LSF est « en 3D », c’est-à-dire qu’il est possible d’exprimer plusieurs idées simultanément, ce qui la différencie de la grammaire française linéaire. Par exemple :

  • le francophone va dire : « Hier je me suis super bien amusé à la fête… » en mettant les mots dans cet ordre ;
  • le signeur va signer sur la ligne du temps que c’était « hier », signer le mot « la fête » et qu’il s’est « super bien amusé » en utilisant les intensifs du visage et des gestes.

La langue des signes française a une grammaire différente du « français signé » (la syntaxe est différente et elle utilise des signes pour les mots).

Clefs de la grammaire LSF

  • Expressions du visage pour indiquer le sens de la phrase. Par exemple, pour poser une question totale (qui sollicite une réponse par oui ou non), le locuteur aura les sourcils froncés pendant sa phrase. En revanche, une question ouverte comme « Où vas-tu en vacances ? » sera posée avec un haussement des sourcils, également utilisé pour les intensifs par exemple très ou beaucoup
  • La ligne du temps : il n’existe pas de conjugaison en LSF, il suffit au signeur de situer l’action sur la ligne du temps (perpendiculaire à lui : derrière son épaule le passé, au niveau de son corps le présent et devant lui le futur).
  • Transferts : des gestes pronominaux montrant le rôle ou la forme du référent. Pour faire référence à un homme, le locuteur utilisera son index vers le haut, mais pour parler d’une voiture, il utilisera la main à plat. Notez que les noms pour homme et voiture sont différents des pronoms décrits. Les verbes de mouvement peuvent également être signés pour indiquer la direction : « La voiture tourne à gauche » sera le classificateur de voiture tournant à gauche. Autre exemple‚ « Un homme monte l’escalier » se fera par deux doigts imitant les jambes montant un escalier, dans un mouvement pouvant être différent selon qu’il s’agit d’un escalier classique ou en colimaçon…
  • Pour raconter quelque chose et parler de personnes absentes le signeur définit sa place et celle des autres dans l’espace, à la manière d’une mise en scène théâtrale, il est ainsi plus facile de comprendre et de suivre visuellement de qui il s’agit et quels sont les rapports entre les personnages.
  • Les verbes uni et pluri-directionnels :
    • Les verbes pluri-directionnels. Pour signer « Je te téléphone », le locuteur fera le signe téléphone de lui vers son interlocuteur. En revanche, « Tu me téléphones » se fera en signant téléphone de l’interlocuteur vers le locuteur.
    • Les verbes unidirectionnels : qu’on utilise le « je », le « tu » ou le « il » le verbe aura la même forme comme les verbes « aller », « manger ».

La syntaxe de la LSF est un sujet de recherche. Elle est parfois enseignée comme une langue d’ordre libre ou une langue OSV (objet sujet verbe), mais certains chercheurs pensent que les choses sont un peu plus subtiles. (On peut se référer notamment aux travaux de Christian Cuxac, enseignant-chercheur à Paris VIII.)

L’ordre des mots est le suivant : tout d’abord le temps, puis le lieu, ensuite le sujet et enfin l’action. Ce qui est logique puisque la pensée visuelle des sourds entraîne une mise en scène systématique de ce qui se dit : le décor est tout d’abord planté, les acteurs entrent ensuite en scène et l’action peut enfin débuter…

Vocabulaire et genèse des signes

Le lexique des signes est toujours en perpétuel mouvement et s’enrichit encore aujourd’hui. En effet, au fur et à mesure que le monde des sourds découvre et accède à des milieux spécialisés (milieu étudiant ou professionnel), le besoin de créer de nouveaux signes se fait davantage sentir.

  • des signes venus du mime (dits iconiques) : beaucoup de signes peuvent être faciles à retenir même pour un entendant car ils font partie du mime pour des actions (mangerdormirparler…), des objets (pomme de terre,poupée…), des lieux ou paysages (écolemaisonmontagne…), des animaux (vacheescargotéléphant).

Ce sont ces signes culturels que sourds et entendants ont en commun dans leur imaginaire collectif qui sont la base de la communication entre eux ; ces signes créent souvent une complicité et un sens de l’humour commun. Tout cela fait des échanges entre sourds et entendants un moment agréable, voire une découverte, pour les entendants, d’un univers poétique qui allie visuel et pensée.

  • des signes arbitraires : l’alphabet dactylologique est un des meilleurs exemples de signes arbitraires (bien que certains signes aient des ressemblances de formes avec la graphie de la lettre) créés afin de faire lire les mots français aux sourds. Il permet aux sourds d’épeler des mots à des entendants qui ne connaissent pas le signe correspondant, mais le plus souvent c’est pour épeler leur nom ou celui d’une ville dont le signe n’est pas encore connu. Il s’agit là d’un pont non négligeable entre les deux langues.
  • des signes influencés par la langue française : en côtoyant le monde des entendants la LSF a aussi intégré des signes directement en relation avec le français et souvent les premières lettres des mots sont associées à des mouvements plus ou moins arbitraires, par exemple le v de vertvrai ou vacances, le r de rêve ou de raison, le s desœur ou le f de frère
  • des signes sans cesse inventés : ceux par exemple pour nommer quelqu’un (orthosignes) : c’est la première chose que font les sourds lorsqu’une personne nouvelle arrive et qu’elle n’a pas de signe, ils en trouvent un en fonction du physique ou du caractère de la personne…

Français signé

Le français signé est l’utilisation de signes de la LSF ordonnés selon la syntaxe linéaire de la langue française. Ce compromis naît de la nécessité de communiquer ; il est utilisé par des entendants de langue maternelle française qui ont d’ailleurs parfois une bonne connaissance des signes mais ne maîtrisent pas la syntaxe de la LSF8

Par exemple, en LSF, la phrase « J’aime cette voiture. » sera signée voiture cette aimer. Dans le français signé, le locuteur utilisera l’ordre aimer cette voiture.

Dans l’enseignement aux jeunes sourds, le problème qui se pose est que leurs enseignants sont souvent des entendants et qu’ils n’utilisent pas naturellement la syntaxe de la LSF, mais plutôt naturellement celle du français signé, ainsi les jeunes sourds n’ayant pas de parents sourds calquent leur façon de signer sur leurs enseignants entendants (d’où la nécessité d’avoir des enseignants sourds pour la LSF).

Autres langues des signes

Il n’y a pas de langue des signes universelle. Elle est cependant en formation par les associations de langue des signes mondiales.

Mais, entre les différentes langues signées, la grammaire présente des similarités qui les distinguent des langues parlées, mais le vocabulaire diffère grandement. Il existe par exemple la langue des signes américaine (ASL), la langue des signes britannique (BSL), la langue des signes belge (langue des signes de Belgique Francophone, LSFB), la langue des signes québécoise (LSQ), etc.

L'ASL est proche de la LSF, avec une similarité lexicale de 43 % sur une liste-type de 872 mots. Ceci est dû à l’influence deLaurent Clerc sur Thomas Hopkins Gallaudet, le fondateur aux États-Unis de la première école pour les enfants sourds en Amérique et dont le fils Edward-Miner Gallaudet fonda ensuite à Washington le Gallaudet College qui devint la seuleuniversité enseignant en Signes.

Il existe un dialecte de la LSF, la langue des signes de Marseille, utilisée par un millier de personnes à MarseilleToulonLa Ciotat et Salon de Provence. On la retrouve dans l’enseignement de la seule école du Togo utilisant les signes.

 

Source WIKIPEDIA.